L’Azerbaïdjan bouscule les défenses arméniennes

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A serviceman of the Azerbaijani army holds the national Azerbaijani flag during its reconstruction at the dominant height near the village of Talysh, Azerbaijan.

La situation se dégrade pour les troupes arméniennes, qui ont été contraintes de céder du terrain dans le Haut-Karabakh après avoir subi d’importantes pertes. Après deux premières semaines de conflit sans gains territoriaux notables, les forces azerbaïdjanaises ont réalisé depuis la mi-octobre des avancées nettes sur le front sud de cette région séparatiste de l’Azerbaïdjan peuplée en majorité d’Arméniens.

Bakou a repris le contrôle d’une zone frontière de l’Iran, tenue jusqu’alors par l’Arménie. L’armée azerbaïdjanaise est également parvenue à progresser en direction du corridor de Latchin, voie d’accès principale entre le Haut-Karabakh et son allié arménien dans cette région montagneuse. « L’une des priorités de l’armée azerbaïdjanaise est de prendre le contrôle de cette route afin d’interrompre l’arrivée de soutien militaire arménien », explique Fuad Shahbazov, un analyste azerbaïdjanais, qui n’hésite pas à prédire une « défaite inévitable » des troupes du Haut-Karabakh si cette route devait tomber.

D’après Rob Lee, chercheur au King’s College de Londres, ce scénario aggraverait d’autant plus une situation humanitaire déjà difficile, en empêchant aux civils du Karabakh de fuir vers l’Arménie, et ce alors que les bombardements ont repris sur la capitale Stepanakert. Dans un rapport publié le 23 octobre, l’association Human Rights Watch dénonçait l’utilisation par l’Azerbaïdjan de bombes à sous-munitions sur des zones densément peuplées, ce qu’interdisent les traités internationaux.

Si d’autres experts mettent en doute la capacité des soldats de l’Azerbaïdjan à couper cette route, tous s’accordent néanmoins sur l’importance des pertes matérielles, et probablement humaines, subies par les défenseurs du Haut-Karabakh. Diffusées sans retenue par les autorités azerbaïdjanaises sur les chaînes de télévision et les réseaux sociaux, les scènes de destructions filmées par les drones azerbaïdjanais doivent être prises avec distance. Elles permettent néanmoins d’affirmer avec certitude que des dizaines de pièces d’artillerie, de véhicules et de tanks arméniens ont été mis hors de combat ou capturés depuis la reprise du conflit, à la fin du mois de septembre.

« En se repliant, les Arméniens vont bénéficier du couvert de régions plus escarpées et boisées, ce qui devrait les protéger de la supériorité aérienne azerbaïdjanaise, souligne l’analyste indépendant Ryan O’Farrell. Cela dit, au bout d’un moment, même sur un terrain plus facilement défendable, il devient impossible de se battre sans l’armement adéquat. »

Le flou demeure sur les pertes humaines subies par les deux parties, qui minimisent leur nombre de morts et exagèrent le bilan adverse. Vladimir Poutine a cependant levé un coin du voile en déclarant jeudi 22 octobre que les combats et les bombardements auraient déjà causé la mort de près de 5 000 personnes, réparties plus ou moins équitablement entre les belligérants. Le signe que Bakou, en dépit de sa rhétorique triomphante, paye chèrement ses récentes avancées.

La communauté internationale demeure pour l’heure impuissante à juguler le conflit, qui a déjà outrepassé deux cessez-le-feu. Vendredi 23 octobre, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a reçu séparément à Washington ses homologues arménien et azerbaïdjanais pour tenter de trouver une issue au conflit. Soutien déterminé de l’Azerbaïdjan dans ce conflit, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit à cette occasion espérer qu’Ankara et Moscou pourront avancer vers une résolution de ce conflit.

Reste à savoir ce qu’il entend par là. Dans une allocution diffusée le 20 octobre, le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, rappelait encore sa détermination à poursuivre le conflit jusqu’à ce que « l’intégrité territoriale » de l’Azerbaïdjan soit restaurée. « L’Arménie doit annoncer son retrait des territoires occupés avant qu’il ne soit trop tard, a-t-il déclaré. C’est à cette unique condition que les combats cesseront. »

The original material published on La-Croix

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