Les drones, étendard de la puissance azerbaïdjanaise au Haut-Karabakh

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This image is taken from a video released by the Armenian Defense Ministry on Thursday, Oct. 1, 2020, allegedly shows the shooting down of an Azerbaijani unmanned aerial vehicle

Depuis bientôt trois semaines, le vrombissement menaçant des drones militaires accompagne le quotidien des habitants du Haut-Karabakh. « On a appris à les reconnaître à l’oreille », confie par téléphone Anush Ghavalyan, une analyste politique résidant à Stepanakert, la capitale de ce territoire peuplé d’Arménien, que revendique l’Azerbaïdjan. « Les Azerbaïdjanais s’en étaient déjà servi en 2016, mais là c’est du jamais vu. »

L’Azerbaïdjan fait un emploi immodéré des drones dans le conflit qui l’oppose depuis le 27 septembre aux forces séparatistes du Haut-Karabakh soutenues par l’Arménie. Servant à espionner les positions ennemies, guider les frappes d’artillerie, ou détruire des cibles au sol, ces aéronefs sans pilote ont permis à une armée azerbaïdjanaise mieux équipée de conforter sa supériorité. Le président du Haut-Karabakh, Araïk Haroutiounian a reconnu mercredi 14 octobre que les troupes séparatistes avaient été contraintes à reculer en plusieurs endroits de la ligne de front.

Des drones venus de l’étranger

« Nous avons l’une des flottes les plus puissantes de la région » , vantait fin septembre Hikmat Hajiyev, conseiller du président azerbaïdjanais, dans un entretien à la presse israélienne rapporté par le journal suisse Le Matin. Quelques jours plus tard, le président Ilham Aliyev célébrait à son tour les drones turcs employés par l’armée azerbaïdjanaise : « Ces drones ont permis de diminuer nos pertes », affirmait-il dans un entretien télévisé. « Ils montrent la puissance de la Turquie. Ils augmentent aussi notre force. » 

La plupart des drones employés par l’Azerbaïdjan viennent de l’étranger. « L’Azerbaïdjan a commencé à bâtir sa flotte en 2011-2012, explique l’analyste azerbaïdjanais Fuad Shahbazov. Beaucoup ont été produits en Israël, dont Bakou est un des principaux clients. Leur utilisation avec succès dans les affrontements de 2016 dans le Karabakh a convaincu l’Azerbaïdjan de poursuivre cet effort. »

En 2016, Ilham Aliyev déclarait que son pays avait fait l’acquisition de 4,85 milliards de dollars d’équipement militaire auprès de l’État hébreux. Des dépenses colossales, permises par la manne pétro-gazière dont jouit l’Azerbaïdjan.

Le soutien de l’allié turc

Depuis 2017, l’Azerbaïdjan produit également sous licence une déclinaison du « drone kamikaze » israélien Orbiter 1K, capable de fondre sur sa cible pour la détruire avec précision. Des drones sont également fournis par l’allié turc, avec lequel la coopération militaire s’est subitement intensifiée depuis les affrontements de juillet avec l’Arménie.

D’après Fuad Shahbazov, l’emploi de ces drones aurait prélevé un lourd tribut dans les forces du Haut-Karabakh, détruisant de nombreux véhicules militaires. D’autres observateurs appellent cependant à ne pas exagérer l’impact de ces armes sur le champ de bataille. « C’est un avantage, mais les drones seuls ne changent pas la donne », nuance Romain Mielcarek, journaliste indépendant spécialisé dans les questions d’armement, qui souligne la supériorité de l’artillerie azerbaïdjanaise. « Il y a eu beaucoup de fantasmes autour des drones, et les deux camps les emploient dans leur propagande », poursuit-il. Armes « inhumaines » selon les uns, étendards de supériorité technologique pour les autres, ils n’éclipsent pas l’artillerie dans les cauchemars des civils. « Le plus triste, c’est qu’on s’habitue à tout », déclare Anush Ghavalyan depuis Stepanakert. « On a appris à vivre avec les drones. »

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